Ilke Angela Maréchal

Sciences, Art, Poésie et Cultures - que des aventures

Jean-Marc Philippe: in memorium

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une heure de dialogue radiophonique sur: La fonction et la tâche de l’artiste dans la cité aujourd’hui, transdisciplinarité oblige                                

sur radio Aligre FM, Paris, dans mon émission Epectase, les Sciences et l’Imaginaire   

 tristesse et peine aujourd’hui ; 

Jean-Marc PHILIPPE.

artiste multimédia, artiste visionaire, détendeur d’une réflexion éthique brûlante,

est parti pour un autre monde.

Que son âme soit remercié ici et aujourd’hui pour toute l’amitité qu’il m’a temoigné et surtout et avant tout - pour cet incessant combat, avec hargne et amour, qu’il a mené durant sa vie pour se faire ouvrir nos regards et faire émerger des valeurs autres, plus généreuses, plus grandes et plus inclusives. Jean-Marc Philippe avec son dernier projet  KEO  fut et restera un vrai ’sismographe’ selon la définition de C.F. von Weizsäcker concernant l’artiste.  Voici une deuxième émission radio faites avec lui il y a déjà plus que dix ans, mais qui reste brûlurante d’actualité, aujourd’hui plus que jamais. Suivent deux entretiens publiés en revue. Quant à sa participation, majeur, à l’exposition Entre Art et Science, la Création, de mon association Espace Européen, à Paris au Palais de la découverte, nous sommes en train de préparer cette entrée sur ce blog. 

 
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 Dans ce deuxième entretien nous poussons plus loin encore les interrogations: quel pourrait être la Fonction de l’artiste, quelle est l’éthique comme soubassement, comment se pratique l’influence que l’artiste Doit avoir sur l’évolution de la société, comment se pratique la Transdisciplinarité ? 

 

 

fermant actif - artiste et nouvelle éthique: Jean-Marc Philippe

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tristesse et peine aujourd’hui ; 

Jean-Marc PHILIPPE.

artiste multimédia, artiste visionaire, détendeur d’une réflexion éthique brûlante,

est parti pour un autre monde.

Que son âme soit remercié ici et aujourd’hui pour toute l’amitité qu’il m’a temoigné et surtout et avant tout - pour cet incessant combat, avec hargne et amour, qu’il a mené durant sa vie pour se faire ouvrir nos regards et faire émerger des valeurs autres, plus généreuses, plus grandes et plus inclusives. Jean-Marc Philippe avec son dernier projet  KEO  fut et restera un vrai ’sismographe’ selon la définition de C.F. von Weizsäcker concernant l’artiste.  Voici une première de deux émissions radio faites avec lui il y a déjà plus que dix ans, mais qui restent comme des brûlures d’actualité, aujourd’hui plus que jamais. Suivent deux entretiens publiés en revue. Quant à sa participation, majeur, à l’exposition Entre Art et Science, la Création, de mon association Espace Européen, à Paris au Palais de la découverte, nous sommes en train de préparer cette entrée sur ce blog.

 
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Ici Jean-Marc Philippe se raconte en tant qu’Artiste et comment dans son cheminement de scientifique c’est l’Artiste qui s’impose, et comment sa soif de réflexion le pousse toujours plus loin dans l’audace pour aboutir à l’Art Spacial et à la notion, pour lui incontournable, d’oeuvre collective à la quelle il convie … vous et moi.

sur radio Aligre FM, Paris, dans mon émission Epectase, les Sciences et l’Imaginaire 


à l’Orée de l’Outre-Temps, avec Jean-Marc Philippe

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tristesse et peine aujourd’hui ; 

Jean-Marc PHILIPPE.

est parti pour un autre monde. Que son âme soit remercié ici et aujourd’hui pour toute l’amitité qu’il m’a temoigné et surtout et avant tout - pour cet incessant combat, avec hargne et amour, qu’il a mené durant sa vie pour faire ouvrir nos regards et faire émerger des valeurs autres, plus généreuses, plus grandes et plus inclusives. Jean-Marc Philippe fut et restera un vrai ’sismographe’ selon le définition  de C.F. von Weizsäcker concernant l’artiste.  voici deux émissions radio faites avec lui 

 (la dernière en date de ses oeuvres d’art et la plus audacieuse est la 

Conception et mise en chantier de l’Oiseau achéologique du Futur nommé  K E O )

élu "Projet du XXIe siècle" par l’UNESCO 

 

 

Jean-Marc Philippe lors d’une conférence à deux voix (avec l’économiste Hubert Landier) au Palais de la découverte à Paris en 1997 au sein de l"Exposition "Entre Art et Science, la Création" que mon association ESPACE EUROPEEN a organisé conjointement avec MEDICIS Art-Science et le PALAIS de la découverte. Oeuvres exposées:

- sculpture en alliage de mémoire de forme : Totem du Futur

- art  spacial : Messag de l’Homme à l’univers, envoi d’un  train d’onde par le radioscope de Nancy

- art spacial : L’Oiseau archéologique de Futur, projet de lancement d’un satellite avec un retour prévu se la terre porteur de messages recueillis pour nos descendants 

Un des entretiens qu’il m’a accordé a été publié dans la revue Phréatique n° 62/63

A L’ORÉE DE L’OUTRE- TEMPS

« … quand peu à peu le vide envahissait la Scène, alors qu’il suffisait d’une attention pour rendre à quelques moments graves, leur dignité retrouvée … »

(Jean de Massais)

N’est-ce pas un dieu - fût-il même d’ombre - qui habite la beauté de l’instant, cet instant de passage d’un état à un autre, lorsque l’âme s’apprête à franchir les limites, le grand seuil, le temps, pour le voyage vers l’autre rive? Quand elle va outrepasser les restrictions de la matière pour migrer vers d’autres lumières ? L’âme, si elle emprunte des lieux de passage cachés à nos yeux, à nos sens, nous convie pourtant à l’accompagner jusqu’au seuil. Peut-être pour nous n’y a-t-il que le vide, mais dans les vertiges de l’ombre il y a , éphémères, des absences qui attendent toutes les transformations. A l’orée de la lumière qui ne jette plus d’ombre, vie et mort ne s’opposent plus. Elles respirent d’un même mouvement. Devant la disparition de tout phénomène, une seule consolation : la beauté d’un état de transfiguration devant la désolation. 

            Dans la vie, ces instants de grands changements, les lieux de ces moments de chocs émotionnels, sont propices à la création artistique. Car quiconque mieux que l’artiste, de par ses sens aiguisés et sa capacité d’être stimulé par le manque et l’absence, peut nous offrir une vision, une échappée momentanée, ou peut-être même un temps pour traverser un seuil, franchir certaines limites ?

            Pendant les cérémonies d’incinération, par exemple, que faire de ces attentes sans attente? Deux heures où les vides se conjuguent. Jean-Marc Philippe les a éprouvés; ainsi est né le projet.

  Espaces d’Accompagnement Sonore et Visuel, Universels

            Avec référence aux « Anciens », toutes cultures confondues, qui avaient su capter l’opportunité de la disparition d’un être, pour en faire un moment enrichissant et unique - ce concept vise à proposer dans les crématoriums l’installation d’un environnement visuel original, discret, mais aussi et surtout d’un accompagnement sonore « universel et intemporel» ; des stimulations sonores donc, issues d’observations puisées dans l’histoire de l’humanité. Liée aux différentes étapes du cérémonial crématoire, en des moments d’intériorisations forts, susceptibles de transformer une épreuve en une introspection essentielle, se crée une situation où l’espace, le temps, le principe de vie et l’émotion se rejoignent pour devenir source d’une expérience révélatrice, unique, déterminante, peut-être même initiatique.

            Avec le recours aux nouvelles technologies, le paysage musical a été enrichi de la possibilité de fabriquer tous les timbres musicaux, imaginaires et réels. Un dispositif de gestion de sonorités entièrement informatisé (avec seule exception: des gongs réels pour l’impact des sons qu’ils engendrent) peut piloter, de façon continue, sans fin ni redite, les Environnements Sonores et même les « nourrir» avec des sons puisés dans l’environnement local, ce qui donne à chaque crématoire une couleur sonore propre, comme un parfum de terroir spécifique.

            Pour rappeler que chaque disparition, par définition, est fondamentalement unique, les «Accompagnements Sonores et Visuels » sont asservis aux différents événements du salon d’attente. Ainsi le déplacement d’une personne, l’arrivée d’un groupe, l’assombrissement du soleil par un nuage, toutes ces variations ont une incidence sur le déroulement et l’apparition des sonorités. Le module central de gestion permet, grâce aux informations des capteurs en temps réel, une situation totalement interactive.

            Qui plus est, de tels « Espaces d’Accompagnement Sonores et Visuels Universels » permettent de jeter un pont entre les Anciens et nous-mêmes, mettant en connivence nos compétences technologiques et la grande tradition musicale et sonore ancestrale.

llke Angela Maréchal: Pour moi, ce projet relève d’une double interrogation. Accompagner, aider et entourer ceux qui restent, et qui de nos jours sont particulièrement démunis, en transfigurant ces moments le plus souvent « vides» en des instants unique d’intériorisation. Mais je pense aussi à celui qui est appelé à franchir ce pas, qui outrepasse ce point de non-retour!: Pour lui, c’est la dernière scène.

Jean-Marc Philippe: Une scène qu’il offre, dans une occasion unique de rencontrer ses proches, de s’enrichir une dernière fois peut-être de façon « essentielle », tout en ne mettant pas à mort la vie. Car s’il y a bien un seuil, c’est bien là effectivement le tout dernier, ce seuil sur lequel s’interrogent toute philosophie et toute religion. Et pour cela justement, je souhaitais donc qu’un tel salon d’attente puisse accueillir les êtres à ce seuil, et que tous ceux qui le souhaitaient puissent se réunir, se retrouver dans un moment ultime, pour faire de ces moments jusqu’alors vides des moments uniques d’intériorisation et peut-être même d’en faire de véritables moments d’initiation. Initiation sur le sens de la vie et leur vie propre, et du sens de la relation à l’« autre» aussi. Et que dans cet ultime instant, peut-être, flotte alors comme un étrange parfum, sensible, porté par des stimulations sonores appropriées et que, au milieu d’un environnement sonore de toute éternité, se tisse un lien diaphane entre tous ces passants que finalement nous sommes dans cette grande chaîne des Hommes.

IAM : Maltraiter la mort, comme notre civilisation le fait, c’est mal respecter la profondeur du groupe.

JMP: Si on analyse notre groupe social par rapport à sa pratique de mort, on voit que nos sociétés post-industrielles ont omis une dimension essentielle de la vie : la mort. Ce vide est grave et révélateur de notre absence de réflexion. Tous, nous en sommes les perdants. Tout ce concept pour moi répond à une interrogation fondamentale et vise à la mettre en ordre, tente de retrouver l’idée du sens, en se demandant comment, par quelles glissades successives, une société comme la nôtre a pu nous rendre aussi frivoles, quand cette frivolité ne tient pas de la réjouissance mais de l’affadissement et de la déperdition.

IAM : L’artiste est donc aussi un quêteur de sens?

JMP : L’artiste est celui qui accorde à certains signes une importance que ses contemporains ne leur ont pas encore accordée. Les signes de manques, ou d’émergence, la prospection future, le nouvel imaginaire qui se met en place, les nouvelles références … Il y a des lieux où des vides apparaissent et deviennent littéralement insupportables et injustifiables. C’est alors la matrice culturelle tout entière qui est perdante, si elle ne fait pas front.

IAM : L’artiste, sismographe des manques?

JMP : S’il a le don de l’écoute et le don de la prescience. Quand il écoute les données, sans même savoir pourquoi, il « sait» si ce sont des données importantes ou non. Si ce n’est pas important il jette, si au contraire la donnée est importante, il prend, il « fait avec » dans son inconscient. Ce n’est pas lui qui traite, « Ça » se traite en lui. L’artiste « sait » : Ceci n’est pas ponctuel, l’espace d’un instant, et cela va fabriquer demain.

            Pour revenir à notre projet, je voudrais dire que, sur le plan philosophique, je crois que quiconque vit bien la mort d’un autre, rentre certainement dans une bien meilleure conscience de sa propre vie.

IAM: Il n’y a pas meilleur maître de vie que la mort! L’artiste est toujours sur les seuils, il est toujours à l’orée d’un non advenu. 

I.A.M.

Royalties - Jardin -Terre, entretien avec l’artiste multimédia Jean-Marc Philippe

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Ce lundi je viens d’apprendre LE DEPART pour un autre monde de  

Jean-Marc PHILIPPE.

Que son âme soit remercié ici et aujourd’hui pour toute l’amitité qu’il m’a temoigné et surtout et avant tout - pour cet incessant combat, avec hargne et amour, qu’il a mené durant sa vie pour faire émerger des valeurs autres, plus généreuses, plus grandes et plus inclusives. Jean-Marc Philippe fut et restera un vrai ’sismographe’ selon le définition  de C.F. von Weizsäcker concernant l’artiste.  Des émissions radio faites avec lui vont être sous peu disponibles sur ce site.

 

 l’entretien qui suit  fut publié dans la revue Phréatique n°61;  

(la dernière en date et la plus audacieuse oeuvre d’art de mon interlocuteur est

la Conception de K E O )

 

N U L   R E P O S   -  N U L   R E P I T

pour la plus belle oeuvre d’art: la Terre

 entretien avec l’artiste/scientifique Jean-Marc Philippe

                                        "La peur de savoir est

                              essentiellement une peur d’agir;

                     tout savoir est porter de responsabilité"

                                                                                                                                        Abraham Maslov

 Aujourd’hui, nous le savons - la terre est ronde. Nous le sa­vons - elle est un être vivant. Avec ses humeurs, ces cycles, ses régulations, elle nous a toujours été une bonne Mère-Terre. Et nous savons aussi que l’homme, actuellement fine fleur de l’évolution, s’est mué en parasite, en danger numéro un pour l’équilibre du globe comme pour lui-même. Nous le sa­vons. Or, avec le pouvoir de la connaissance, ne s’acquière-t-il pas le devoir de la responsabilité? Et la nécessité, l’urgence d’agir!

Certes, nous avons délégué nos pouvoirs. Mais est-ce une excuse pour ne plus réfléchir, pour ne plus mettre à contri­bution notre créativité propre. Réflexion et Action sont né­cessaire à tous les niveaux. Dans cette problématique, quel pourrait être le rôle et le pouvoir de l’artiste?

Jean-Marc Philippe, artiste, de formation scientifique, pro­pose une ré­ponse de plus pertinante:

Projet "Royalties/Jardin/Terre"

Jean-Marc Philippe: Dans ce monde qui bouge l’artiste, produit et révélateur de son époque, ne pouvait pas, ou plus, néces­sairement se contenter d’oeuvre finies et ponctuelles, limi­tées à quelques cercles étroits.

Conscient de l’inefficacité de sa production sur sa matrice culturelle, et conscient des conséquences désastreuses in­duites par ce viol, il pouvait dans un sursaut de conscience vouoloir intervenir, quit à inventer de nouveaux concepts "d’oeuvre d’art".

 L’environnement quoti­dien de chacun est marqué de plus en plus par du Savoir d’origine scientifique et des savoir faire technologiques. Il faut cher­cher de nouvelles voies pour que la composante artistique et son influence sur la matrice cul­turelle locale puissent sensi­biliser l’Institution elle-même, et pour que le paramètre in­tuitif d’essence "artistique" soit incorporé aux décisions ma­jeures de l’époque.

Ilke Angela Maréchal: Vous voulez dire qu’il est incontour­nable que l’art participe à ce changement de conscience que nous vivons, suscité par une interaction de plus en plus pré­gnante, où l’importance se déplace du singulier au pluriel, de l’individuel au global, et où des sentiments d’une apparte­nance nouvelle, élargie, émergent?

JMP: Absolument, parmi la kyrelle des informations qui quoti­diennement nous traversent, les massmédia impreignent petit à petit l’humanité d’un certain nombre de faits "parfois ma­jeurs" qui laissent dans la tête de ceux qui les auront reçu, quelque soit leur culture, une trace, une empreinte qui fera que jamais les choses ne se­ront ce qu’elles ont été avant. De­puis moins de cinquante ans, trois faits majeurs nous ont ainsi marqué, qui déplacent nos références et re­mondèlent l’inconscient collectif et nos capacités d’abstraction: Hiro­schima, les premières photos de la terre vu de l’espace, et Tchernobyl.

Hiroshima apprit à l’humanité qu’elle était mortelle et que le malheur de sa puissance était contenu dans son cer­veau.

Les premières photographies de la terre vues de l’espace nous ont montré à l’évidence, d’une façon sensuelle, qu’elle est bien bleue, limitée et finie. La plus belle oeuvre que je connaisse, c’est bien notre planète, notre Terre-Mère. Là il y a peut-être une autre attitude, très profonde sur le plan philosophique du regard, que peut nous rapporter la pla­nète.

Tchernobyl fut ce jour où la nature, par notre faute, nous enseigna qu’elle n’était plus toute puissante, mais fra­gile, vulnérable et épuisable.

I.A.M.: et que les frontières n’ont aucun effet, pas plus au niveau des idées qu’au niveau de la pollution. Les gros accidents sont peut-être une sorte de sommation qui nous obligerons à ouvrir les yeux et qui forceront les hommes politiques à prendre des décisions.

JMP: Ces trois points aujourd’hui font que nos contemporains sont, désor­mais, mentalement prêts à accorder à la notion de Gestion de la Planète une importance prioritaire, essentielle, proche d’une véritable VALEUR fondamentale, une gestion toute fois comprise, non pas dans le sens d’une stricte écologie, mais dans le sens d’une véritable gestion de l’interactivité de l’humanité.

I.A.M.: Si les diverses cultures ont développé des modes esthé­tiques et artistiques différents, nous nous retrouvons cepen­dant tous réunis devant un spectacle de la nature. Le visage de la pla­nète ne pouvait pas ne pas nous émouvoir! C’est un patrimoine commun. 

JPM: Et un patrimoine qui s’appuie sur une mémoire dont on ne sait pas d’où elle procède, comme si l’histoire de l’humanité la nuit dans notre sommeil, se rêvait en nous. Ainsi, je crois qu’il y a des vérités es­thétiques profondes. L’amour du so­leil, des grand espaces, le bruit de la mer, les caresses du vent, le chant des oisseaux … tout ça nous contient quelque part d’une manière non-dite que les yeux et les sens retrou­vent. La beauté protocolaire de certaines formes esthétiques tient sans doute aussi d’une capacité génétique.  Et l’on voit parfois la contamination d’esthétismes locaux qui ont ense­mencé la planète entière. Des es­thétismes qui quand-même, à un certain moment, doivent fonc­tionner aimablement avec nos capa­cités biologiques, où que l’on soit.

I.A.M.: D’où la prise de conscience que nous sommes reliés et que l’on ne peut pas gaspiller ce capital qui est antérieur à nos cul­tures.

JPM: Au-delà de la notion d’esthétisme, je crois qu’il y a une profonde sagesse, le démon de la Connaissance que moi, en terme d’artiste, j’essaierai de désigner plutôt que de nommer. 

I.A.M.: Dans votre projet "Royalties/Jardin/Terre" vous prônez

"… Une nouvelle éthique de l’homme envers sa planète,

un nouveau comportement responsable de l’humanité face à son devenir, une méthode inédite de recouvrement de fond, une uti­lisation rationnelle des Savoirs aujourd’hui nôtre …"

Quelle forme pratique, incarnée pour ainsi dire, peuvent prendre de telles notions? 

JMP: L’introduction au projet est de considérer la terre comme étant la ré­sultante d’un processus d’évolution du temps. Les paramètres sont très finement ajustés de sorte que le bios peut émerger.

I.A.M.: cela me rappelle en cosmologie le fameux Principe Antro­pique qui explicite les détails de cet ajustement raffiné des paramètres pendant l’évolution à partir du big bang jusqu’à l’émergeance de la conscience humaine.

JMP: Oui, et en ce qui concerne notre planète, et pour nous restricter à elle, j’ai tendance à la regarder comme une op­portunité au­tour d’une étoile, au bon moment et au bon en­droit. Si on re­garde son évolution dans le temps, elle est comme une usine de savoir faire, un "processus de fabrication en mouvement". Ca va des matières premières à l’oxygène. Outre ses réservoirs figés, elle a aussi développé d’autres manières de savoir faire, dont les conséquences vont de la vie végétale à l’animal, des algues bleues jusqu’à l’homme. Et c’est sur­tout l’homme qui, sur cette croissance naturelle de la planète et ses interactions, maintenant intervient (couche d’ozone, manipulations génétiques, bombe atomique, etc). Soudain, cet homme, ne subissant plus l’environnement mais inter­agissant activement avec sa planète, est bien plus grand qu’il ne pa­raît dans les conséquences facheuses ou positives qu’il peut induire.

I.A.M.: Depuis Lovelock et son "Hypothèse Gaïa", un bon pas a été franchi dans cette prise de conscience.

JMP: C’est une hypothèse qui a son intérêt. Mon approche "phi­losophique" du projet, quant à moir, est de dire: La nature, à cet instant, est le résultat de la somme des équilibres, de tous les savoir-faire de la planète. Si jusqu’à pré­sent les actions de l’homme étaient ponctuelles et sans inci­dences, ses actions maintenant entrent en scène et ont des ré­percussions décisives sur les états d’équilibre de la planète, donc du visage pris par la nature. Dans une certaine mesure, l’homme est aujourd’hui musicien chef d’orchestre de la parti­tion qui engage l’avenir et il devient ainsi responsable face à sa descendance. 

I.A.M.: Il faut en prendre soin un peu comme on cultive un jardin, cette belle et harmo­nieuse expression de la nature-culture? Faire de la sorte que la terre reste ou redevient un lieu de repos, où on peut se poser et se repauser à la place d’un lieu où on ne peut plus se po­ser.

 JMP: Pourquoi ai-je appelé ce concept "Royal­ties/ Jardin/Terre"? Parce que ce qui m’importe aujourd’hui dans ce répit de la conscience, dans ce repos de l’être avec lui-même, c’est de se dire qu’est-ce qu’on va léguer? Et est-ce que le premier lègue n’est pas de prendre soin de soi-même, de balayer notre jar­din? Je crois que le repos et le répit fait qu’on peut engager le maximum qui dans tous les comparti­ments de la conscience est une action qui n’a aucun véto.

Un jour, à bord d’un avion, regardant de dix mille metre d’altitude la mince pellicule de terres arrables des fermiers américains, je me suis dit:

  Jusqu’à maintenant, la planète-mère nous avait fa­çonné et aidé. Il est normal que l’homme boive à sa soif et mange à sa faim, que l’homme qui accède à la culture, puisse cultiver. La planète n’y voit rien à y dire, elle lui fait ce don, cette offrande. Mais aujourd’hui les hommes sont en train de complètement épuiser les terres arables, de faire dispa­raître un nombre inadmis­sible d’espèces par leurs pêches et autres ingérences bien pire encore!

Le vrai problème que rencontre l’humanité en ce mo­ment, outre la surpopulation, c’est pour moi le problème de la libre concurrence et de l’économie du marché libéral qui nous font aboutir à des situations absurdes sous pré­texte de leurs lo­giques internes (profit, économie de marché, nécessité du pro­duit na­tional brut, etc.). Je me suis posé la question: où est la vé­ritable responsabilité de l’homme? Que peut-on mettre à la place de la libre concurrence? Comment peut-on réguler tout cet ensemble sans venir casser mais au contraire utiliser ces concurrences pour revenir au service d’une cause à dé­fendre? Et comment ne pas déréguler ces mécanismes actuels? Car ils sont des facteurs de progrès dans beaucoup de pays.

I.A.M.: Le concept "concurrence", comme la plupart des concepts, est neutre. La valeur, positive ou négative, est donnée par l’utilisation que l’on en fait. 

JMP: M’est venu alors l’idée du concept de considérer

la TERRE en tant que PERSONNE MORALE,

à lui distribuer, sous forme de DIME/DROIT D’AUTEUR les royal­ties qui correspon­dent à l’utilisation des  "Savoir Faire" que depuis 4,5 mil­liard d’années elle développe, ceci dès lors que ces savoir faire - à un titre ou un  autre- entrent dans un processus commercial: recours aux matières pre­mières, recours à la pêche, aux enzymes, à la combustion de l’oxygène de l’air, à l’utilisation du génie génétique…).

Le budget résultant de cette dîme pourrait ainsi être consacré à la création d’une Structure Mondiale Originale en relation à toutes les formes de savoir disponibles incluant tous les champs de compétence et de conscience du cerveau, structure dont le rôle consisterait explicitement à veiller et à gérer de façon prospective l’avenir de l’interactivité Terre / Huma­nité, puis à définir des projets à l’échelle globale, les fi­nancer et les superviser: arrêt de la désertification, sauve­garde des variétés en péril tant animales que végétales, ges­tion des nappes phréatiques …

A titre indicatif, une dîme "Royalties/Jardin/Terre" calculée sur la base de 1/1 000  des seuls chiffres des échéances mon­diaux de marchandises,exception faite des services (chiffre 91 source GATT) dégagerait un budget annuel supérieur à 3 Mil­liars de dollars, n’entraînant qu’une incidence des plus né­gligeables sur le rythme de l’inflation mondiale. Ce budget pourrait être multiplié d’un facteur 10 si cette dîme "R/J/T" était appliquée à la consommation de ménages.

I.A.M.: Nous sommes alors dans le domaine du JURIDIQUE PLANETAIRE!, bien au-delà des inter- et supranationalismes! Donc, réflexion et veille, bonne base, mais quelle Action?

JMP: Evidemment! En tant qu’artiste (celui qui fait de l’art), est envisageable pour moi seule une structure avec un réel pouvoir d’action. Donc une structure pour des actions "glo­baux" qui actuellement restent hors de portée des organisa­tions gouvernementales ou non-gouverne­mentales, comme des gou­vernements eux-mêmes … quand il y a matière à urgence. Une urgence pleinement perçue par le grand public des pays déve­loppés qui, s’il était interrogé sur sa volonté de voir une mise en oeuvre transparente et intègre de cette structure, ne puorrait que souscrire. 

I.A.M.: le fameux: Penser globalement, Agir localement! Là, ni ré­pit, ni repos. L’émergence d’une nouvelle conscience collec­tive pointe sur des échéances.

JMP: Dans ce monde en plein évolution, tout est à inventer - en temps réel - car demain est déjà trop tard. Ici, pour le projet, il faut profiter de l’expérience des grandes organisa­tions mondiales et éviter leur lourdeur, il faut aussi établir une durabilité à la confiance à travers le principe de la transparence absolue (tous les documents relatifs à la struc­ture quels qu’ils soient sont accessibles par télématique par quiconque le souhaite), à travers le concept d’un siège d’organisme ayant non pas une adresse en un point du globe, mais à bord d’un satellite, avec des représentations sur les cinq continents.

I.A.M.: alors s’ouvrent des possibilités presque illimitées! Mais où en est la concrétisation?

JPM: Ce concept "Royalties/Jardin/Terre" a été présenté pour la première fois en 1990 au cours d’un atélier de refléxion (diversité biologique, diversité culturelle) organisé à l’UNESCO. Puis, il a été recommandé à l’unanimité des experts présents au colloque de Trieste, juin 1991. Il vient d’être proposé à la conférence de Belem et remis aux 21 experts scientifiques internationaux chargés de préparer la conférence de RIO. Et il est en phase d’étude pratique de mise en oeuvre, en prennant l’avis de specialistes des plus éminants, ju­ristes, économistes, hommes politiques, institutions. 

I.A.M.: donc une affaire à suivre !

 JMP: De toute façon l’idée est maintenant lancée et elle pour­rait fort bien préfigurer les premiers consensus planetaires.

consciencieusement à l’écoute: I.A.M.

                  

 

L’Evolution de la Conscience, essai et entretien avec Stanislaf Grof

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Essai publié:  Phréatique n°  67  et Entretien avec   Stanislaf GROF   (psychologie transpersonnel)

Le Chant des Champs de Conscience, ou

quand s’ouvre le visage fermé des choses

Supposons que ce soit un jeu. Supposons que le voyage soit possible. Supposons que nulle interdiction ne vienne verrouiller aucune porte. Mais que de seuil en seuil les vibrations lumineuses ouvrent le visage fermé de choses. Supposons que quelque chose en nous accepte que l’horizon n’arrête que le regard - mais ouvre la vision. Et que cette vision, Continue reading »

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